dimanche 14 septembre 2014

Tonga ou l'île des gens sympas (et gros)



Présentation des lieux
 
Le genre d'image qu'on a en tête quand on pense
"île du Pacifique".
Dans nos contrées septentrionales, les îles du Pacifique Sud évoquent un paradis exotique inatteignable ou presque. Tahiti, Samoa, Fiji sont autant de noms qui font rêver, sans doute en grande partie par l’action des agences de publicité et autres professionnels de la vente aux masses. En Nouvelle-Zélande, ces pays sont beaucoup plus tangibles et servent de refuge contre l’hiver à de nombreux Kiwis. À l’instar de la petite famille belge lambda qui va se dorer la pilule dans un all-inclusive à l’hygiène douteuse mais aux tarifs imbattables, le Néozélandais moyen a de grandes chances d’avoir profité au moins une fois dans sa vie des promotions Pacific Islands d’Air New Zealand.

Il faut dire que la plupart de ces îles étant à trois ou quatre heures d’avion, il serait dommage de s’en priver. Cela vaut aussi pour vos bloggeurs préférés bien sûr, aussi avons-nous succombé aux actions combinées des prix dérisoires des billets et d’un ras-le-bol de l’hiver doux mais tenace pour nous exiler une dizaine de jours à Tonga.

Très peu connu des Européens, Tonga est un archipel composé de rien de moins que 176 îles qui se partagent un peu plus de 100 000 âmes et qui peut se vanter d’être à la fois le dernier royaume existant du Pacifique et le seul pays de la région à n’avoir jamais été colonisé par une puissance étrangère.

Arrivée sur place

22 h, heure locale : Notre avion se pose sur le tarmac d’un microscopique aéroport incrusté dans un océan de cocotiers. Malgré l’heure tardive, une bouffée de chaleur agréable nous assaille dès l’ouverture des portes tandis que le chauffeur de l’hôtel nous attend patiemment. Ce qui ne nous attend pas, par contre, c’est de la nourriture : à cette heure, les restos les plus proches, si pas tous, sont fermés. Un repas chips une fois de temps en temps, ça ne fait pas de mal, hein ?

Il nostro alloggio. Ou fale talifononga, si vous préférez.
 Notre hôtel au thème tout à fait local porte le nom de Little Italy, avec tout plein d’étoiles et différents labels de qualité, mais si on ramène ça aux standards européens, ça vaudrait trois étoiles en comptant large. Mais bon, on était relativement confortables et on avait le minimum attendu. On ne mentionnera pas les murs aussi fins qu’en NZ sans isolation sonore ni les chiens qui se battent la nuit… ah, trop tard, on a mentionné. 

Le petit déjeuner est composé de deux sortes de céréales, deux sortes de pain, deux sortes de confitures, quelques fruits, de quoi se faire une boisson chaude, et une partie pour les british avec omelette, jambon et saucisses. Parfois, des « pancakes » sont ajoutées. Rien de très luxueux par rapport à l’étoilage, mais en considérant que seuls les fruits ne sont pas importés, on est bien contents d’avoir tout ça.

On profite du restaurant de l’hôtel pour manger quelques pizzas de « qualité italienne » cuites au four et avec des légumes en boites (plus facile pour importer, hein) mais qu’on est bien contents d’avoir en se rappelant de notre seule expérience néozélandaise en la matière, mélangeant la sauce barbecue et la « sour cream ».

Découverte des alentours

Il y a pire comme promenade.
Notre premier tour en ville le lendemain nous permet de découvrir les particularités de ce petit pays. Premières impressions d’ailleurs pas toujours agréables : les déchets jalonnent le sol (-> Les Tongans  ont toujours eu l’habitude de jeter leurs déchets par terre, puisque tout était biodégradable… Mais ça, c’était sans compter sur l’arrivée des missionnaires européens et leurs produits manufacturés), les chiens errants errent en compagnie des cochons, presque aussi nombreux et tout aussi errants, ainsi que les voitures qui ne sont pour la plupart que des épaves sur roues qui se déplacent à une vitesse limacique. Le palais du Roi n’est pas loin, du moins, l’officiel, celui où il habite réellement étant quelques kilomètres plus loin et bien moins visible.

Les passants semblent heureux de pouvoir prononcer quelques mots d’anglais en croisant des étrangers que nous sommes. Les enfants en particuliers sont tout fous de nous saluer d’un «Hello !» ou d’un saugrenu «Bye !», la confusion s’expliquant par certaines particularités de la langue tongane qui veut qu’on se salue différemment si la personne reste ou si elle ne fait que passer et... ça devient nul ce que j’écris, Mougnou, tu veux bien prendre le relais, s’il te plaît ? Mougnouuuu ?

- Oui, oui, j’arrive, laisse moi terminer ma noix de coco.
Voilà, je suis prête à prendre le relais.
Bon, on en était où ? Oui, on avait vraiment l’impression d’être des stars, en même temps, nos visages pâles se remarquaient de loin. 90% des personnes qu’on croisait nous disaient bonjour, et les enfants nous testaient pour savoir qui d’entre eux avait raison qu’on devait dire « Hi » ou « Bye ».

5 Paanga (2 €), ce n'est pas le prix d'une noix de coco.
C'est le prix de tout un panier rempli...
Au menu de la promenade : le « Supermarché Ultramoderne » et ultracher, comprendre un hangar avec des étagères branlantes remplies de produits (une marque, deux max, par type de produit) et d’insectes divers, et le marché traditionnel où il n’est pas rare de voir un commerçant endormi sur son stand – la mentalité tongane est particulière, on l’expliquera plus tard – et où on s’est rendus tous les jours pour déguster une noix de coco toute fraîche, ouverte à la machette et traversée par une paille pour nous donner accès à l’eau naturellement aromatisée qu’elle contient. C’est un peu leurs canettes à eux. Et puis quand on a tout bu (un demi-litre, tout de même !), il suffit de penser à une personne qu’on déteste et fracasser la noix de coco contre le sol d’un geste brutal, puis manger l’intérieur. On ne vous cachera pas qu’au bout de la troisième, la chair devient écœurante. Après avoir tourné en rond pour finalement ne pas trouver l’office du tourisme, on s’est rendus au café des expats et voyageurs qui remplit le même rôle que le « point info » mais en arnaquant un peu les gens.

dimanche 17 août 2014

Une exposition qui casse des briques


Si, comme moi, vous avez passé de nombreuses heures de votre enfance en tête-à-tête avec ces fameuses briques emboîtables en plastique, vous comprendrez mon enthousiasme lorsque nous apprîmes par notre Hongroise favorite qu’une exposition Lego allait avoir lieu à Christchurch. Ne sachant pas trop à quoi nous attendre au juste, mais le prix d’entrée étant tout à fait raisonnable, nous nous rendîmes par un beau dimanche après-midi – histoire de compenser la frustration engendrée par un certain voyage à Nelson – à l’AirForce Museum. En raison de ses vastes hangars, l’endroit était idéal pour abriter moult constructions en ABS. Pour acrylonitrile butadiène styrène, of course, rien à voir avec un quelconque ralentissement progressif de la chute des blocs du bâtiment en cette matière que votre frère ou sœur vient de détruire.

Alors que nous nous dirigions directement vers l’entrée, quelque chose attira notre attention. Des personnes.  Notre regard suivit alors la file en un ralenti digne des plus grands films, se concluant par la reconnaissance de l’endroit où nous étions supposés nous insérer : à cinquante mètres de là. Notre second choc nous attendait un peu plus loin, dans le temps est dans l’espace, au moment où nous pénétrâmes dans le bâtiment : la file faisait un tour complet de la salle avant d’enfin aboutir à la billetterie. Notre tour vint heureusement assez rapidement, et les enfants en nous, pas si enfouis que ça, purent s’émerveiller à loisir devant la créativité et la patience des professionnels du Lego. 

Elle a pas inventé la machine à bobiner le fil celle-là. Ah si.
Première étape, les robots et autres automates, une découverte pour nous assez inédite. Il semblerait qu’il existe maintenant une brique programmable par ordinateur, baptisée Mindstorm et qui contient tout ce qu’il faut pour faire une petite machine « intelligente » : moteurs, sources de son et de lumière, ainsi que des senseurs au toucher, à la lumière et à la distance, rien que ça. A l’aide de ce petit gadget et d’un savoir-faire accompli, les exposants de cette section ont créé de petites merveilles certes inutiles, mais tellement fascinantes à observer, telle la machine à embobiner le fil ou les véhicules guidés par un simple trait de couleur sur une surface blanche. Au cas où il vous viendrait à l’idée de vous lancer dans ce passe-temps, sachez néanmoins que le prix de ces petits bijoux pourrait vous refroidir, malheureusement.

Ensuite, Marta fut déçue d’apprendre que la limite d’âge pour participer aux clubs Lego était de 14 ans, puis nous tentâmes de nous faufiler du mieux que nous pouvions parmi la foule, de plus en plus compacte, et de garder notre calme face à une horde de gosses en folie (qu’est-ce qu’ils venaient faire là ceux-là, au lieu de préparer le souper ou de s’occuper des tâches ménagères ?). Non sans mal, nous parvînmes à nous rapprocher des constructions exposées et de rester sans voix devant les œuvres les plus imposantes et le nombre approximatif de (milliers de) blocs utilisés. 

Euh finalement, on peut pas remettre les braises ?
Parmi les plus notables, nous retiendrons les répliques de monuments célèbres tels que le Taj Mahal, l’opéra de Sydney, la tour Eiffel et bien sûr la cathédrale de Christchurch ; un paysage Suissoïde avec son petit train en fonctionnement ; un circuit à billes hypnotisant et, Nouvelle-Zélande oblige, une carte détaillée de la Terre du Milieu. Oh, j’allais oublier une petite activité amusante, la marche du feu de Lego ! Qui d’entre vous n’a jamais marché par inadvertance sur une de ces choses aussi dangereuses que des punaises lance la première braise ! Bilan de la journée : une furieuse envie de s’y remettre et un profond respect pour le travail accompli par les créateurs !

 



La cathédrale de Christchurch, plus intacte que nature.
Sauron lui-même serait jaloux.

dimanche 20 juillet 2014

Vins, pluie et re-pluie au centre du long nuage blanc


Parfois, les décisions prises spontanément entraînent des expériences bien plus profitables et intenses qu’un choix mûrement réfléchi. Malheureusement, accompagner notre couple d’ami Hongro-Fidjien dans le Nord de l’île ne fut pas une de celles-là.

Là, il fait encore vachement beau par rapport à la suite.
Sur un coup de tête, Marta, notre Hongroise favorite, nous avait invités le lundi même pour un long weekend dans la région du Marlbourough, réputée non pas pour ses cigarettes, mais pour un représentant de l’autre drogue dangereuse de consommation massive, j’ai nommé le vin. De fait, les deux tiers des vignes du pays se trouvent dans cette région connue pour son important ensoleillement.
Ayant accepté la proposition avec joie, nous nous retrouvons tous les quatre le vendredi matin pour quelques heures de route qui nous emmènent d’abord à Kaikoura (que vous connaissez déjà), puis à Blenheim, la capitale de la région. 

Manque de pot, après avoir brillé les deux premières heures du trajet, le soleil laisse la place aux nuages chargés de pluie. Il semblerait que nous soyons tombés sur le seul weekend de l’année où le ciel a décidé de lâcher son lest une bonne fois pour toutes. Nous ne nous laissons cependant pas décourager et parcourons le coin afin d’en découvrir les particularités. De nombreux vignobles proposant des dégustations gratuites, nous ne manquons pas de faire plusieurs arrêts afin de profiter des excellents vins du pays, même si aucun de nous  n’y connaît grand-chose au final. Si vous êtes plutôt amateurs de bière, sachez que vous trouverez aussi votre bonheur, car une ou deux brasseries se dissimulent parmi les vignes, et pour peu que vous tombiez sur un serveur bien éméché, vous comprendrez que les néozélandais savent se montrer généreux lorsqu’ils vous font « goûter » leurs produits maison. Pour finir, une petite chocolaterie artisanale propose des friandises tout à fait acceptables pour le pays. Du très bon choix donc, même si une Laëtitia dépitée rétorquera qu’elle n’a profité de rien car elle n’aime ni l’alcool, ni le caramel ou le chocolat à l’orange proposés en dégustation.

Remarque de l'intéressée :
C'est surtout, cette chocolaterie était présentée comme une "Chocolate factory" à visiter. Les ateliers étaient bel et bien derrière une vitre, par laquelle on pouvait parler avec les maîtres (hum hum...) chocolatiers et observer leur travail. Ils avaient l'air d'avoir fini journée, mais on pouvait toujours admirer avec curiosité les dizaines de couteaux et divers ustensiles communs ou bizarres, sans savoir comment ils les utilisent.
Un abri cosy comme celui-ci fut de très bon augure.

Après cette balade du terroir, nous reprenons la route, cap plein Nord, jusqu’à la petite ville paisible et côtière de Picton. Lieu de villégiature apprécié des Kiwis, cette bourgade d’où partent tous les ferries pour la capitale est nichée entre les montagnes et la mer. Il est déjà 17h et la nuit arrive (nous sommes en hiver, je vous rappelle), la pluie tombe de plus en plus dru, aussi est-il temps de nous réfugier dans un chouette motel hébergeant, outre ses vacanciers, l’internet le plus lent du monde. A ce propos, saviez-vous que la vitesse de connexion moyenne en Nouvelle-Zélande est de moitié seulement celle en Belgique ? Je pense que cet hôtel y est beaucoup pour faire chuter les statistiques nationales.


Le lendemain, vu la pluie battante qui a encore empiré durant la nuit, nous envisageons d’écourter notre séjour. Assez démotivés, nous partons néanmoins pour Nelson, une autre ville du littoral Nord de l’île Sud et qui se trouve au centre géographique de la Nouvelle-Zélande. Nous espérons malgré tout une providentielle accalmie, qui nous permettrait au moins de faire une petite marche d’une heure. Finalement, le temps se gâtant encore un peu pour bien nous faire comprendre que nous ne sommes pas les bienvenus, nous abandonnons et, à la place, allons visiter le monument le plus notable de la ville : sa cathédrale anglicane faite de blocs de béton, construite entre 1925 et 1965. Un site historique inestimable pour les Kiwis qui s’extasient dès qu’un bâtiment a plus d’un siècle, rien de bien impressionnant pour les Européens que nous sommes (aux trois quart). 

Picton et son port à ferries.
"Ben, c'est une église, quoi."


Nous entamons finalement le chemin du retour, avec l’impression d’être passés à côté de plein de merveilles de la nature, telles que le Queen Charlotte Drive ou les lacs de Nelson, que ces contrées n’auraient pas manqué de nous livrer, pour peu que la météo ait été un tant soit peu de notre côté. Que voulez-vous, on ne peut pas gagner à tous les coups.