vendredi 29 novembre 2013

Quand tout est soudainement secoué

Ici, en Nouvelle-Zélande, toute chose a une âme. Et parfois, ce qui est voué à rester à une même place, comme les arbres ou les maisons, se rebelle et essaie de se dérober au sol pour avancer. Mais voilà, cela demande une telle énergie qu’ils n’y arrivent généralement pas. On pense alors qu’ils hésitent : pendant quelques secondes, ils vacillent de gauche à droite, de haut en bas, essayant désespérément de s’arracher à cette place qu’on a choisie pour eux. Puis ils comprennent et ils arrêtent. Le problème, c’est que la plupart du temps, tout s’accorde pour démarrer une rébellion générale au même moment. En tant qu’humains, on a alors l’impression que tout autour de nous tremble et c’est assez déstabilisant.


Plus sérieusement, vous aurez compris que cet article traitera des séismes locaux. Ce n’est pas pour rien que dès le premier jour de bénévolat dans un magasin social, la gérante explique ce qu’il faut faire en cas de séisme.

Avant d’entreprendre ce voyage, nous savions que nous allions arriver dans une zone « à risques » et nous nous sommes rapidement renseignés sur un site officiel du gouvernement.

Mais alors, en pratique, est-ce que ça sert vraiment ?

Dans la région de Christchurch, il y a environ vingt séismes par semaine. Ça fait beaucoup, mais il sont généralement de magnitude inférieure à 3 et nous ne les sentons normalement pas.

Ok, on a compris, on n'essaiera
plus de te faire tenir droit.
Depuis que nous sommes ici, en trois mois, nous avons ressenti quatre séismes. Deux d’entre eux étaient très faibles : à peine le temps de se dire « tiens, ça vibre… » et de se demander si ç’en est un et c’est déjà fini. Ça se sent un peu plus depuis le huitième étage de la fac, évidemment.

On a eu droit à un plus impressionnant, magnitude 4.6, un soir où nous étions tranquilles dans le lit en train de discuter. Tout a commencé à être secoué en même temps, pendant  quelques longues secondes. On entendait les meubles vibrer et les cintres balancer rapidement dans la garde-robe. « Il y a un rhinocéros sur le toit… … … c’est un tremblement de terre ? » « Oui, c’est un tremblement de terre, je dirais 4.5 ? Ah ben c’est fini. Je disais donc *fin de la conversation commencée avant* »

Une réplique 3.7 a suivi le lendemain, alors que l’une de nous était occupée à découvrir un nouveau jeu avec des amis. La réaction générale a été de s’interrompre et attendre de voir s’il fallait réagir ou pas.
Au final, même après ces deux jours, rien dans notre maison n’a été déplacé significativement ; en tout cas, nous n’avons rien remarqué d’anormal.

Ca, c'est presque trois ans après un séisme très grave.
En théorie, il faudrait réagir immédiatement : se planquer sous une table massive, s’y tenir et se couvrir la tête et la nuque en attendant la fin des secousses. Simplement parce que personne ne peut savoir si c’est un petit ou si c’est le début d’un gros.

En pratique, un tremblement de terre n’est pas dangereux en lui-même : il est très peu probable qu’un gouffre allant droit vers l’enfer du centre de la terre s’ouvre subitement sous vos pieds. Bon, il est vrai que vous pourriez être projeté sur le sol. C’est d’ailleurs pour cela qu’il faut le faire de votre propre volonté avant. Lorsque le séisme est suffisamment fort pour déplacer des choses, le plus grand danger est constitué par les objets posés sur les étagères et surfaces diverses ou suspendus aux murs. Ils pourraient vous tomber dessus et vous blesser si vous n’êtes pas protégé. Pareil pour les fenêtres, il vaut mieux se trouver loin, juste au cas où.
Lors du pire cas imaginable, il est possible que les bâtiments s’effondrent – comme en février 2011, jour fatal à cette jolie ville – et dans ce cas, il vaut mieux être sous un meuble lourd qui jouera le rôle de pare-à-chute-de-débris en attendant que les secours vous trouvent. Heureusement, cela arrive très rarement. Double heureusement car des complications peuvent alors survenir : liquéfaction du sol, glissement de terrains, coupure d’électricité, tsunami… Ce dernier danger est très peu probable ici et ne concerne que quelques quartiers côtiers de cette ville.

Cherchez l'erreur.
Hein ? Ha ! Oui ! Vous faites bien de me rappeler d’en parler ! Notre ressenti, dans tout ça ?
L’un est assez effrayé lorsque ça arrive – avoir tous nos repères spatiaux qui bougent en même temps n’est pas très rassurant – et l’autre a déjà adopté l’idée que c’est normal, que ça fait partie de la vie ici et qu’il n’y a rien de dangereux dans les tremblements de terre « normaux » tant qu’on reste calme et qu’on s’éloigne/se protège de ce qui pourrait blesser.

 
PS : En guise d’avertissement, il semblerait qu’on puisse entendre un grondement avant l’arrivée des secousses. Nous ne l’avons encore jamais remarqué.